• Alphonse de Lamartine

    Lamartine


    Ah, mais ! Il exagère ce poète, à écrire si beau. Quelle modestie nous apporte le souvenir de nos illustres ancêtres... On comprend que Victor Hugo et Lamartine aient été des amis : leur poésie est un astre éternel.

    Aujourd'hui j'ai trouvé un poème de Lamartine qui rase jusqu'aux fondations la violente stupidité humaine qui lui a fait assimiler un Dieu avec la vengeance et la haine. Il est adressé aux chrétiens, en tant que poème occidental, mais il pourrait de même s'adresser à d'autres religions en d'autres latitudes,  et n'importe quel athée pourrait de même applaudir sa flamme. Parce que ce poème est, pour moi comme un baume au coeur pour toutes les atrocités commises au nom de la religion. Il fut tellement abominable de croire à un Dieu d'amour, et de tuer, violer et meurtrir en son nom.


    " Arrêtez, insensés, et rentrez dans votre âme ;
    Ce zèle dévorant dont mon nom vous enflamme
    Vient-il, dit le Seigneur, ou de vous ou de moi ?
    Répondez ; est-ce moi que la vengeance honore ?
    Ou n'est-ce pas plutôt l'homme que l'homme abhorre
    Sous cette ombre de foi ?

    Et qui vous a chargés du soin de sa vengeance ?
    A-t-il besoin de vous pour prendre sa défense ?
    La foudre, l'ouragan, la mort, sont-ils à nous ?
    Ne peut-il dans sa main prendre et juger la terre,
    Ou sous son pied jaloux la briser comme un verre
    Avec l'impie et vous ?

    " Mais du Dieu trois fois saint notre injure est l'injure ;
    Faut-il l'abandonner au mépris du parjure ?
    Aux langues du sceptique ou du blasphémateur ?
    Faut-il, lâches enfants d'un père qu'on offense,
    Tout souffrir sans réponse et tout voir sans vengeance ? "
    Et que fait le Seigneur ?

    Sa terre les nourrit, son soleil les éclaire,
    Sa grâce les attend, sa bonté les tolère,
    ils ont part à ses dons qu'il nous daigne épancher,
    Pour eux le ciel répand sa rosée et son ombre,
    Et de leurs jours mortels il leur compte le nombre
    Sans en rien retrancher.

    Il prête sa parole à la voix qui le nie ;
    Il compatit d'en haut à l'erreur qui le prie ;
    À défaut de clartés, il nous compte un désir.
    La voix qui crie Alla ! la voix qui dit mon Père,
    Lui portent l'encens pur et l'encens adultère :
    À lui seul de choisir.

    Ah! pour la vérité n'affectons pas de craindre ;
    Le souffle d'un enfant, là-haut, peut-il éteindre
    L'astre dont l'Eternel a mesuré les pas ?
    Elle était avant nous, elle survit aux âges,
    Elle n'est point à l'homme, et ses propres nuages
    Ne l'obscurciront pas.

    Elle est! elle est à Dieu qui la dispense au monde,
    Qui prodigue la grâce où la misère abonde ;
    Rendons grâce à lui seul du rayon qui nous luit !
    Sans nous épouvanter de nos heures funèbres,
    Sans nous enfler d'orgueil et sans crier ténèbres
    Aux enfants de la nuit.

    Chrétiens, souvenons-nous que le chrétien suprême
    N'a légué qu'un seul mot pour prix d'un long blasphème
    À cette arche vivante où dorment ses leçons ;
    Et que l'homme, outrageant ce que notre âme adore,
    Dans notre coeur brisé ne doit trouver encore
    Que ce seul mot : Aimons ! "


    Cela va faire un peu long d'en rajouter encore, mais je voudrais tout de même finir sur une note qui n'appartienne pas à la religion, car ce qu'elle a fait n'est pas pardonnable... Et ne peut conduire qu'à l'oublier, fidèles de nos coeurs plutôt que d'un tel Dieu, car s'Il existe, Il ne saurait résider davantage que dans un doux coeur aimant. Alors, ce poème-là rendra hommage à un tel coeur :


    " Lorsque seul avec toi, pensive et recueillie,
    Tes deux mains dans la mienne, assis à tes côtés,
    J'abandonne mon âme aux molles voluptés
    Et je laisse couler les heures que j'oublie;
    Lorsqu'au fond des forêts je t'entraîne avec moi,
    Lorsque tes doux soupirs charment seuls mon oreille,
    Ou que, te répétant les serments de la veille,
    Je te jure à mon tour de n'adorer que toi;
    Lorsqu'enfin, plus heureux, ton front charmant repose
    Sur mon genou tremblant qui lui sert de soutien,
    Et que mes doux regards sont suspendus au tien
    Comme l'abeille avide aux feuilles de la rose;
    Souvent alors, souvent, dans le fond de mon coeur
    Pénètre comme un trait une vague terreur;
    Tu me vois tressaillir; je pâlis, je frissonne,
    Et troublé tout à coup dans le sein du bonheur,
    Je sens couler des pleurs dont mon âme s'étonne.
    Tu me presses soudain dans tes bras caressants,
    Tu m'interroges, tu t'alarmes,
    Et je vois de tes yeux s'échapper quelques larmes
    Qui viennent se mêler aux pleurs que je répands.
    " De quel ennui secret ton âme est-elle atteinte?
    Me dis-tu : cher amour, épanche ta douleur;
    J'adoucirai ta peine en écoutant ta plainte,
    Et mon coeur versera le baume dans ton coeur. "
    Ne m'interroge plus, à moitié de moi-même!
    Enlacé dans tes bras, quand tu me dis : Je t'aime;
    Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi,
    Nul mortel sous les cieux n'est plus heureux que moi.

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