• innocence et vérité

    Espoir et Merveilles


    Je m'avançai, songeur, vers la porte de mon cœur. Je n'y croyais pas trop : je n'étais certainement pas assez pur pour y entrer.
    À mon grand étonnement pourtant, dès que je fus à portée, la porte s'ouvrit, avant même que je songe à frapper.
    Je me dirigeai, méfiant, au centre de la pièce dans laquelle je m'étais introduit. Ma raison était outrée par cette facilité apparente. C'est sûrement un piège, me disait-elle.
    Il y avait un bureau tout blanc, du genre des comptoirs d'accueil pour informer les personnes hésitantes. Mon ego arbora un air boudeur. Il ne voulait pas concéder qu'il ne savait plus rien en ces lieux.
    Je frappai doucement sur le comptoir. Une hôtesse se hâta gracieusement de répondre à mon appel. Elle me demanda ce que je voulais, mais je restais muet. Elle devait, d'apparence, avoir sept ou huit ans.
    « ...Dites ? »
    Elle était jolie comme un arc-en-ciel, avec une longue chevelure dorée et une radieuse expression d'innocence. Ma fierté décréta qu'il était peu convenable que je sois un adulte qui paraisse comme un enfant face à une enfant qui paraissait savoir plus qu'un adulte, mais une règle essentielle de l'Univers voulut que les enfants soient toujours plus sages que les adultes, surtout en ce qui concerne les affaires du cœur. Je devais donc m'y plier.
    « Voudriez-vous me renseigner ? » répondis-je.
    Elle était adorable et, de toute façon, je ne pouvais que tomber sous son charme. Elle ne me répondit cependant pas, l'air de dire qu'elle se trouvait précisément là pour cela.
    « Je voudrais... heu... » repris-je
    « ...Avoir une consultation avec l'Être du coeur ? » poursuivit-elle avec un petit air de sagesse espiègle.
    « C'est cela même !
    — Je vous prie de patienter... »
    Je patientais donc. Elle repartit à d'autres tâches ; docile, je partis m'asseoir dans un coin.
    Le temps s'écoula, et je finis par me demander si l'on ne m'avait pas oublié. Au moment où je voulus me faire valoir, je me rendis compte que la pièce était parfaitement vide. D'ailleurs, il n'y avait qu'une seule porte : celle par laquelle j'étais entrée. Je ruminais dans mon coin, et à côté de moi, mon doute dansait en me tirant la langue et en chantant je te l'avais bien dit, on s'est moqué de toi !
    Je fermais les yeux et les oreilles, vexé. C'est alors qu'une main très douce effleura gentiment mon épaule.
    « C'est à vous ! » me dit gaiement la charmante enfant.
    Je me levais avec espoir. Je voulus la remercier, mais elle n'était plus là. En revanche, je remarquais soudain la présence d'une autre porte, et je m'y dirigeais avec précaution.
    La porte s'ouvrit comme la première : en me devançant.
    Je m'avançais dans la nouvelle pièce, et je discernais soudain un être extraordinairement beau, qui me souriait avec un amour et une profondeur qui me transpercèrent.
    « Que voulez-vous ? » me dit-il.
    La question me prit de court. Pourquoi étais-je ici, finalement ? D'ailleurs, n'étais-je pas beaucoup plus tranquille à ne pas me poser de questions ?
    Le merveilleux être me regardant toujours avec insistance, je cherchais toutefois une réponse, et me souvins des termes de l'hôtesse d'accueil.
    « Je suis venu... pour une consultation !
    — Ah. Bien... Pour qui ? »
    Je parus à nouveau un peu stupide. Je réussis malgré tout à suggérer timidement :
    « Eh bien heu pour moi...
    — Je ne vois pas de moi. Soyez plus précis voyons... Voulez-vous parler de votre être physique, votre véhicule sur Terre ? De votre être mental, qui vous assaille de doutes et de réflexions sans fins ? De votre être vital, qui vous souffle l'énergie et le désir ? Ou bien, vouliez-vous parler de votre être central, que vous appelez communément âme, et qui donne un semblant de cohérence à l'ensemble ? Je ne vous parle pas de l'être du cœur, qui soutient de sa force et de sa lumière les errements fatigués, et murmure l'intuition qui va toujours juste, car c'est moi.
    — Je... Enfin, je veux dire, je voulais dire, le plus, heu... Le plus moi !
    — Il s'agit donc de qui vous êtes en toute profondeur des choses et au delà de toute apparence ?
    — Eh bien... Certes.
    — Je vois. Déshabillez-vous, je vous prie.
    — Comment ?
    — Déshabillez-vous. Je ne vois rien de votre être central : votre âme est dissimulée par tout le reste, le physique, le mental, le vital, et tout ceci qui font que je ne vous vois pas.
    — Ah »
    Je m'éloignais, un peu confus. Me déshabiller, comme cela ? Je finis par accepter la chose, et aussitôt, je sentis s'envoler, couche après couche, tout ce qui faisait que j'étais qui j'étais.
    J'eus soudainement très peur. Mais qu'allait-il donc rester ??
    Je me sentis de plus en plus léger, et au fur et à mesure, mes peurs aussi s'envolèrent. Enfin, je me sentis capable de faire ce que je n'avais pas eu la force de faire depuis que j'étais entré ici.
    Regarder l'Être dans les yeux.
    Sans qu'il soit besoin d'ajouter une seule parole, je vis ma propre beauté se refléter dans le regard illuminé d'infini de l'être du cœur. J'étais grand comme un univers, lumineux comme une étoile, pur comme un flocon de neige dans le vent d'une aurore. J'étais heureux, et amoureux, car j'étais moi-même. Amoureux de mon cœur. Son amour me berçait comme un doux vent une gracieuse voile. Ainsi, était-ce cela, la Vie, étais-je cela, Moi ?
    Je sortis de ma contemplation, le regard perdu dans les teintes chatoyantes d'un éclatant coucher de soleil. Les mots ne pouvaient pas dire, alors je souris, et dans ce sourire, rayonnait toute réponse et toute sagesse...

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